CAION

Caiòn
capsule sonore

"Autour, tout n'est qu'immensité. Des paysages arides à perte de vue. Des kilomètres de terres minérales ou rien ne pousse. La ligne d'horizon s'est effacée sous l'effet des mirages ou luisent de grandes étendues d'eaux imaginaires. Les lézards et serpents se réfugient sous les cailloux brûlants. Les cactus aux formes monstrueuses se contractent pour offrir le moins de prise possible au soleil. Ils fleuriront cette nuit. De belles grandes fleurs blanches qui ne s'ouvriront qu'à la nuit tombée pour être pollinisés par un ballet d'insectes nocturnes.


L'air semble irrespirable et pourtant il est là, lui. Immobile dans son rockin'chair, à l'ombre de sa masure misérable. Il plisse les yeux pour les protéger de la lumière et du vent qui soulève la terre mêlée au sable. Les décennies de soleil et de labeur ont tracé des sillons profonds sur son front et ses joues. Il est là et il sourrit de toutes les dents

qui lui restent. L'homme est heureux. Il sait qu'il va mourir ce soir quand les fleurs s'ouvriront. Il sait que le rendez-vous avec la faucheuse est proche et il l'attend, patient et serein. Il se sent repu de chaleur, de soleil, d'années d'errances, d'aventures et d'efforts. A ses côtés, l'homme sent ses filles, immobiles, elles aussi. Il les appelle ses papillons de nuit. Depuis toujours, il les chérie comme des trésors, lui, le rustre qui pourtant, a égorgé des bêtes, battu des chiens et regardé fixement des condamnés sur la potence. Dans la fraicheur de la nuit, face au monde nocturne grouillant, Il sait qu'il va s'éteindre doucement comme on souffle une chandelle. Il sait qu'elles seront là, autour de lui, légères, odorantes avec leurs mouvements amples et sûrs. Il sait qu'elles chanteront doucement autour de son corps endormi.

 

Le soleil disparaît derrière l'horizon. Les fleurs blanches se redressent prêtes à éclore. Il n'a pas peur."

Judith Chomel / carnet de voyage imaginaire avril 2021

la tambouille sonore

Pierre-Alexis :

Pour vous parlez de ce titre, je dois vous parler de la chronologie de cet album et évoquer les mystères de la vinification. Le temps de maturation de Xogo a été distendu. Après une première semaine de résidence passée sur l'île de Groix en juin 2019, où nous avions partagé et défriché plusieurs titres (Forrò, Sofàn, Foliada de Tenorio, La Carrozza, Travadinha, Tarentatom...certains n'ont finalement pas abouti), nous avions une pré-sélection établie pour l'hiver, l'album étant initialement prévu pour le début de l'été 2020. Le travail en studio à commencé durant l'hiver 2019. Puis une résidence de finalisation en mars 2020 dans la grange de Berc, un magnifique endroit en Haute-Bigue chauffé par un magnifique poêle en son centre...Judith me fais part d'un doute, elle a l'impression que tout est déjà bouclé et un peu figé par l'utilisation systématique de la M.A.O. dans le processus d'arrangement. Qu'à cela ne tienne, on se pose autour du foyer, une tisane à la main. Judith et Pauline me chantent la jota de Caiòn, ambiance matinale les voix sont douces. Je les accompagne à la guitare acoustique, on se cale sur un tempo un peu trop lent et l'émotion est là avec simplicité et dépouillement. Une teinte presque folk se dégage de ce moment. Nous revenons régulièrement à ce morceau, nous nous y attachons comme à un doudou sonore. Pour attaquer une répétition en douceur, pour savourer un verre de vin nature en faisant une pause, pour se réveiller, pour s'endormir... Je me lance donc dans le "pressage" du titre. Pour changer mes habitudes, je laisse les grappes (plutôt je délaisse mes synthétiseurs). Pas d'intrants, pas de souffre, je propose que nous samplions uniquement les sons des objets qui nous entourent. En faisant cela, c'est comme si je voulais attraper l'air de ce moment. On pose des microphones devant le tuyau de poêle, on capte un couvercle qui tombe, des assiettes qui s'entrechoquent, des raclements, des saladiers emplis de boulons et un grincement de vieux fauteuil à bascule. Ce grincement mis en boucle servira d'épine dorsale au morceau et l’emmènera un peu plus encore vers l'imaginaire du western et de ses clichés que nous assumeront. La slide-guitare s'impose ensuite. Une auto-harpe jouée aux doigts évoque un piano de saloon (de ce que j'en imagine)...passionné par cette recherche de son, mon jeune fils fouette l'air d'une tige en bois devant un micro. Ce son apparaît une fois, saurez-vous le retrouver ?

   

Boucle objets caiòn
Autoharpe caiòn
 

les sources

Pauline :

 

Cette jota, nous l’avons apprise avec Fransy, lors de notre tout premier atelier de chant, mis en pratique le soir-même dans le tout petit bar du village où des habitants, des musiciens, des groupes de copains venaient se retrouver.
Se retrouver, passer le temps, se divertir, danser, rompre avec la monotonie de la vie, c’est pour toutes ces raisons que la musique se jouait au quotidien dans les sociétés traditionnelles.
A partir de l’arrivée de Franco au pouvoir en 1936, lui qui souhaitait une uniformité culturelle totale au sein du pays à réprimandé toutes les expressions de particularismes régionaux : la pratique des langues, la littérature et les musiques régionales étaient interdites. Ils n’ont pas pour autant disparu ; pratiqués en cachette, ils ont survécu au temps et à la censure.
Sous Franco, notamment au début de la dictature, il n’était pas permis de chanter ni de se réunir à plus de trois personnes pour danser. Mais des fêtes étaient malgré tout organisées et des collectes mises en place pour payer les amendes. Danser avant tout, exister avant tout. Tel était l’état d’esprit dans ces contrées reculées de Galice. Avec la chute de Franco en 1975, la Galice récupère son statut de communauté autonome du royaume d’Espagne, et la langue galicienne redevient langue officielle de la région. Elle était cependant encore dévalorisée, considérée comme une langue de pauvres et de paysans. Aujourd’hui, cette langue connaît un grand renouveau et elle est parlée quotidiennement par un million de personnes. Il existe un mouvement de réappropriation de ce langage, de la danse et de la musique traditionnelle comme un pied-de-nez à la globalisation et l’uniformisation culturelle de la société.

 

Infos pointues...
...et néanmoins indispensables

Pauline Rivière / chant, pandereita, grincement de chaise

Judith Chomel / chant

P-A Lavergne / slide-guitare, claviers, basse, percussions, autoharpe, chant lointain

Paroles

Vaina lovando na volta
Vaina lovando com xeito
Ela e rapaz nova
Non a rebentes do peito

Ailele ailelale ailelle lelé lelelale
Lilolalalelale ailela ailela ailelale
Lela lelalelalela ailela ailela ailelale

Te quiero porque te quiero
Et porque me das la gana
E porque me sal de dentro
Del corazon y de alma

Si alghun dia algo agho
Ai ahora mal el pouquiño
Yo ne me quieren las nenas
Porque vous acabadiño