GALICIAN RHAPSODY

Galician rhapsody
capsule sonore

" Je roule les vitres grandes ouvertes dans l'air suffocant de l'été. Sous mes yeux défilent des kilomètres de plaines grillées.  Les cannes à sucres coupées transforment la campagne en champs de bataille désordonnés. Le long de la route défoncée, des ouvriers agricoles me regardent. Ils ont trimé des heures durant sous un soleil de plomb. Ils ont ôté leurs chaussures et se sont assis a l'ombre des flamboyants. Une bouteille de rhum frelaté circule de mains en mains. Ils détendent leurs muscles engourdis et apprivoisent enfin leur fatigue. Le premier allume une cigarette et commence a chanter. Les autres répondent en écho, ce chant ils le connaissent par coeur. C'est un chant du pays, il coule dans leurs veines. C'est le chant de leurs mères, soeurs, femmes et filles. Un chant qui appartient à celles qu'ils ont laissé là-bas. Ils viennent de Birche da Barca, aux confins de la mer et du ciel.

 

Au loin l'orage éclate enfin."

Judith Chomel / carnet de voyage imaginaire avril 2021

la tambouille sonore

Pierre-Alexis :

Le format

"Adolescent des années 90's, comme beaucoup j'ai été marqué par la musique de Queen. A l'instar de leur Bohemian Rhapsody ce morceau je l'ai voulu hors format. J'avais envie de sortir de la structure classique : (couplet + refrain ) x 2 puis ouverture et pour finir refrain badaboom avec feu d'artifice. Bon au final, c'est une sorte de course à tombeau ouvert en trois parties dont on n'a du mal à voir arriver la fin....

 

Le hic rythmique

Pour me proposer cette chanson traditionnelle Galicienne, Judith et Pauline m'ont fait écouter une version très puissante interprétée par une douzaine de chanteuses/percussionnistes sans instrument harmonique (pas de guitare ou accordéon, ni même une cornemuse). J'ai été emballé par ce chant, sa battue ternaire rapide, l'énergie rustre et lumineuse qui en jaillit. Cette mélodie explore deux modes (l'échelle de notes qui donnent sa couleur au morceau) ; pour faire court l'un est majeur, l'autre mineur teinté d'orientalité...comme à mon habitude, j'ai commencé à mettre tout cela en fusion en ajoutant des ingrédients dans la marmite : avec une ligne de basse entêtante une touche d'afro-beat par-ci puis une boucle de batterie très rock très primaire (poum-tac-poum-tac) par là. C'est alors que j'ai remarqué que les appuis de la mélodie d'origine ne sont pas dans une métrique courante (à 4 ou 3 temps par mesure) ni un système de carrure instinctif face à une rythmique afrobeat ou rock... Dans la version d'origine, la battue ternaire accentue les lignes du chant. Cette mélodie confrontée à un rythme de rock basé sur 4 temps créée des découpages moins instinctifs. J'ai donc opté pour des carrures inégales et plusieurs métriques : 6+4 dans les premiers refrains, 9 dans l'ultime embardée. Tout cela peut paraître un peu complexe mais mon idée et que cela ne dénature pas l'élan du chant initial. Hum ! Hum ! sacré challenge ! réussi ?"

 

les sources

Pauline :

 

A la fête du village de Santa Eualalie de Ozcos, j’ai pris la muñiera de Silvan en plein cœur, comme un shoot multivitaminé, puissant et enivrant. Le groupe Pandereteiras sen fronteras,  un groupe mixte, 12 femmes, 6 hommes, qui chantent la même mélodie avec la même énergie, les mêmes instruments, les mêmes rythmes et nous transportent dans un tourbillon de joie.

Le chant binaire accompagné des tambourins dans une ternaire obstiné créent l’effervescence et font monter la tension. J’ai pris la muñiera de Silvan en plein cœur, comme un shoot multivitaminé, puissant et enivrant. La muñiera est le nom donné à une danse galicienne, ternaire en 6/8. L’origine de cette danse n’est pas clairement établie, elle pourrait venir des celtes, se danse sur le même rythme que la jig écossaise et serait apparue au tournant du 15 ème siècle…. mais sans qu’aucune preuve tangible puisse l’établir. Et oui, comment dater une tourne ? un geste ? un pas ?


Quoi qu’il en soit, cette danse-là doit son nom au fait qu’elle était effectuée pour occuper et rendre agréable le long temps d’attente au moulin. Souvent jouée à la gaita (cornemuse
galicienne), tambours et coquillages, les muñieras commencent à être peu à peu chantées à partir du 17 ème siècle.


Comme pour la Jota, la muñiera se danse en deux lignes qui se font face, une file d’hommes une file de femme. L’homme premier de file (la tradition n’était pas aussi sensible aux questions d’égalité de genre de notre époque) commence une figure, imité par les autres dès que celle-ci est terminée. Il existe des figures type, mais le danseur lead peut aussi laisser libre court à son imagination et proposer une figure improvisée. Celui qui dirige est à l’écoute de la musique, il suit les mouvements de celle-ci pour débuter des nouvelles combinaisons, des moments de repos, des enchainements. La danse est intense, le corps toujours en mouvement, les pieds comme sur des braises dans un sautillement permanent
 

L’exemple ci-dessous est en costume d’époque, avec une dimension folklorique, un peu nostalgique. Mais il existe une vitalité très actuelle de cette musique et de cette danse dans la société actuelle, loin du folklore et de l’instantané du passé.

 

Infos pointues...
...et néanmoins indispensables

Pauline Rivière / chant 

Judith Chomel / chant  

Baptiste Sarat / saxhorn 

P-A Lavergne / guitare, claviers, basse, batterie, percussions

invité(s) :

Adrien Amey / Saxophones baryton (et un peu alto)

Paroles

Muñeira de Silvan (chanson traditionnelle)

 

Arriba polo esqueiro
Miña prenda resalada
Arriba polo esqueiro
Na corredoira ai lama aaa lelalelalela...

A muller de roque troque
Baila con crego na eira
Roque troque esta mirando
Como a sua muller peneira aa lelalelalela...

Veño da virxe da barca
Da virxe da barca veño
Veño de abala la pedra
De abala la pedra veño aaa lelalelalela...

Veño d virxe da barca
Veño de abala la pedra
Veño de abala grande
A pequena abala ela aaa lelalelalela....

Ei de entrar en entrecruces
Anque me poña cancelas
Anque bote a noite toda
Abrindo e cerrando nelas aaa lelalelalela....

Pola mor da muiñeira
Pola mor da ribeirana
Pola mor da muiñeira
Botei un ano na cama aaa lelalelalela....

Agora que vou casare, oxalá non aparece,
Nin cura nin sacristan ni chaves da porta da igrexa alala alala lalalala.....

Hai que pereira tan alta, hai que ricas peras tenhe
Se o aire non as derruba arriba non vai ninguenhe alala alala lalalala.....


SLAM JUDITH :


Je viens de Virxé da Barca mais ici personne ne m'attend.
Je suis né de ce peuple austère des laboureurs de Muxia. De ces taiseux aux dos courbés, aux mains calleuses et regards noirs. De ceux qui comme les rochers supportent la pluie, le vent, le froid.

Je leurs ressemble finalement : obstiné, rude, tenace et droit. J'éprouve les coups comme ils endurent la mer qui les use sans répit. Nos vies sont faites de pierre, de sel, d'écume, de terre et de poussière, de ressac et de brume. 
 
Des soirs comme celui-ci j'en ai connu beaucoup.
Quand dans l’obscurité la tempête se lève, que le ciel se déchire, et quand le vent furieux, dans un vacarme sourd déchaine sa folie. Mon pays tout entier tremble sous les rafales, cette terre, mon Finisterre, résiste.
 
Je viens de Virxé da Barca et je pense à ceux qui sont loin. Certains pour conjurer la faim ont choisi un nouveau combat. Ils ont pour tout bagage la seule force de leurs bras. Dans les champs de tabac, la chaleur les éreinte. Et pourtant ils fredonnent. Et nos chants sont les mêmes.


Eu me despido cantando eu me despido cantando
As malas linguas do mundo se despiden marmurando alalaalala alalala....