SULLA
CARROzza

Sulla carrozza
Capsule Sonore à faire

Dans le salon de Rosa, tout est méticuleusement à sa place. Au mur, les portraits en noir et blanc de Roberto Modugno, de Fred Buscaglione et de la sublime Silvana Mangano (qui fixe les clients avec ses yeux incroyablement profonds) côtoient une niche dans laquelle la sainte-vierge croule sous les fleurs en plastique colorées. Au sol, quelques mèches de cheveux oubliés hachurent le carrelage en damier bleu et blanc. En cette matinée de juin, il fait déjà très chaud et les ventilateurs tournent à pleine vitesse. L’air qu’ils brassent agite la clochette d’entrée de la boutique et mélange des odeurs de laque, d’eau de Cologne et de savon bon marché.  
Trois femmes sont installées côte à côte, leurs regards fixés sur leurs reflets respectifs. Elles observent les stigmates des années sur leurs peaux, commentent chacune de leur ride et se lamentent de ce temps qui passe et qui ne leur fait aucun cadeau. Elles en estompent les traces comme elles peuvent, à coup de mise en plis, de permanente et...

...de coloration avec l’aide de la précieuse Rosa. Rosa dont le baume de soin capillaire fait office de baume au cœur. Rosa qui écoute patiemment, inlassablement, qui console, qui rassure, qui soigne et à qui on ne demande jamais comment elle va, elle.  

Ce matin, elle ne veut plus les entendre. Elle ne peut plus. Alors elle allume le transistor. Elle monte le volume : c’est une balade à la fois tendre et exotique. Elle ferme les yeux un instant et s’imagine à Hawai, à l’autre bout du monde. Elle n’y est jamais allée, elle n’ira sans doute jamais, mais elle est certaine que ce doit être comme cela, calme, ensoleillée et intensément doux. 

Judith Chomel / carnet de voyage imaginaire avril 2021

Où il est question
d'
alliage,

 

Pierre-Alexis :

Alliage de timbre (clarinette basse, basse électrique)

3/4 - 6/8

 

les sources

JUDITH :

 

C'est un fait, le forró me fait vibrer et m’émeut profondément. C’est à la fois à joyeux et nostalgique, doux et terriblement énergique. Je pourrais écouter des heures durant Numa sala de Reboco par Luiz Gonzaga, O cajuina par Gaetano Veloso, le Chero da Carolina par Nazaré Pereira et tous les disques d’O Karaiva.

 

En 2016, quand nous avons eu l’occasion de partager le plateau d’un festival avec Côco Soufflette, groupe montpelliérain de Forró, j’ai été très touchée par leur répertoire, leur belle énergie scénique, et de surcroit leur humour. Bien plus tard, j’ai retrouvé par hasard un de leur morceau live sur internet qui m’a encore une fois touché droit au cœur. Je me rappelle l’avoir écouté des dizaines de fois en boucle en roulant voiture dans les montagnes transalpines. J’ai eu envie de le garder dans un coin de ma tête car il résonnait fort !  

De fil en aiguille nous avons construit un récit autour de ce forró. Mon ami de longue date Corentin Dufour a accepté de nous écrire un texte had hoc en occitan. Ce texte est, comme ce forró, résolument frais et léger, c’est une invitation à la danse et une ode à la joie.   

Je souhaiterai remercier ici chaleureusement les musiciens de Côco Soufflette et Corentin, qui nous ont d’une manière ou d’une autre inspiré, transporté, aiguillé et permit d’ouvrir de nouvelles portes, (jusque-là inexplorées) de langue occitane et de la musique nordestine.  

 

Infos pointues...
...et néanmoins indispensables

Pauline Rivière / chant, maracas

Judith Chomel / chant

P-A Lavergne / chant, claviers, basse, percussions,

Baptiste Sarat / trompette

invité : Quentin Duverger / clarinette basse

La chanson de départ s'intitule la Carrozza. les mélodies instrumentales, quant à elle,

ont été ajoutées par P-Alexis Lavergne (pour l'intro) et improvisées  à la trompette par Baptiste Sarat.

Paroles
 

La carrozza è già rriata

Alla colonna s’è firmata

Azzate mamma azzate

Ca taggiu nduttu na figliola

 

Se figliola era stata

S’era stata a casa sua

S’era stata rigettata

Cu la vera mamma sua

 

E dimmelu Arturu dimmelu

Dimmelu se l’hai tuccata

Sulu na pizzicata

Su la chianta ti la manu

 

E so statu io lu puercu

E puru l’animale

Ca nu bacciù d’amore

Li l’era bbutu dare